Pour ne pas prêter le flanc aux critiques, l’agence avait joué carte sur table.« Montrons que nous sommes une maison de verre », a redit hier le patron de l’Afsset, attentif à donner une image d’impartialité à son institution. Il avait invité à toutes les auditions de son comité d’experts un représentant des associations militant contre les risques du mobile.
Est-ce la raison qui a valu un accueil relativement favorable des associations ? Hier, le docteur Patrice Halimi, de Santé Environnement France, saluait l’humilité de l’agence : « C’est la première fois qu’on nous dit “je ne sais pas”. On est face à une vrai rupture par rapport à tout ce que dit l’agence d’habitude », ajoute Janine Le Calvez, de Priartem. Les associations saluent surtout le message en faveur de la réduction des émissions. Pour autant, l’Afsset s’est refusée à réclamer de nouvelles normes ou à recommander des seuils, bottant ainsi en touche : « Cela relève de la gestion du risque, a-t-elle affirmé, et ce n’est pas notre domaine. Nous faisons de l’évaluation. »
Surveiller les effets des radiofréquences
L’Afsset ne tourne plus autour du pot : « Nous avons recensé 11 études incontestables qui montrent des effets biologiques » dans la gamme des fréquences utilisées pour le mobile. Certes, l’agence a relevé, à l’inverse, 69 études qui n’en montrent pas. Mais, conclut avec force son patron, Martin Guespereau, « on n’est plus dans le tout noir ou le tout blanc ». Cette reconnaissance des effets biologiques est un grand pas pour des associations comme Priartem ou Agir pour l’environnement, régulièrement renvoyées dans les cordes par ceux qui exhibaient les études déniant tout effet. Pour autant, le mécanisme à l’œuvre derrière l’effet biologique observé reste dans l’ombre, tout comme le lien avec d’éventuelles pathologies :« On a les signaux sanitaires, mais pas les mécanismes biologiques. […] On ne peut retenir comme établis des risques sanitaires. » Tout cela, faute d’études ad hoc, menées sur des cohortes importantes d’individus et sur les effets des expositions à long terme. Dès lors, pour l’Afsset, « il faudra encore beaucoup de recherches », tout particulièrement sur le cas des enfants et sur la question de la reproduction. Et s’intéresser davantage aux gammes de fréquences utilisées par les applications industrielles exposant les personnels techniques et médicaux.
Réduire les expositions aux antennes
Étiqueter les mobiles
L’Afsset réclame un étiquetage des portables, car ils « restent très largement le principal mode d’exposition aux champs radiofréquences », rappelle une nouvelle fois l’agence. Son patron, Martin Guespereau, précise : « Alors qu’on baigne souvent dans des émissions inférieures à 1 volt par mètre, si je prends mon téléphone à l’oreille, j’atteins 50 volts ! »Pour limiter l’exposition, autant choisir le bon modèle, celui dont la DAS (débit d’absorption spécifique) est faible. D’autant que la DAS varie de 0,2 à 1,8 watt par kilo (la norme internationale est à 2 watts). Attention aux enfants : la limite « a été fixée pour un cerveau d’adulte », rappelle l’Afsset. Pourra-t-on, un jour, mesurer le risque lié au mobile ? L’étude internationale « Interphone », censée apporter une réponse, n’est toujours pas publiée. Des résultats partiels suggèrent la probabilité de développer des gliomes (tumeurs) pour une utilisation supérieure à dix ans. De même, des excès de lymphomes et de leucémies ont été observés chez des militaires exposés à des radars, sans qu’on puisse conclure à une hausse des risques.

